Brain.fm : une promesse de concentration scientifiquement optimisée ?
Brain.fm est un service d'écoute proposant des musiques générées ou sélectionnées pour améliorer la concentration, la relaxation ou le sommeil. La promesse est ambitieuse : agir sur l'activité cérébrale afin d'augmenter la productivité et réduire les distractions. Une publicité YouTube a suffi à éveiller ma curiosité et à me pousser jusqu'à la création d'un compte pour observer le parcours proposé aux nouveaux utilisateurs.
Publicité
Pub diffusée sur YouTube.
Site web

Page d'accueil de Brain.fm.
Une chose m'a frappé immédiatement : le prix n'est pas mis en avant. Il est absent des premiers écrans et reste difficile à trouver au cours de la découverte du service. L'accent est clairement mis sur la promesse, les bénéfices attendus et l'engagement progressif de l'utilisateur.
Personnalisation

Capture d'écran issue du parcours d'inscription de Brain.fm, montrant l'une des questions posées après la création d'un compte.
Répondre à ces questions me procure déjà une sensation positive. J'ai l'impression de me rapprocher progressivement de quelque chose qui va m'être bénéfique. Il y a une forme d'anticipation : puisque le service prend le temps de me questionner, j'imagine qu'il va pouvoir me proposer une expérience réellement adaptée à mes besoins.
Cela m'interroge aussi sur l'effet de ces mécanismes sur mon jugement futur. Dans quelle mesure cette anticipation influence-t-elle ma perception de la qualité du service ? Si j'attends quelque chose de particulièrement efficace, suis-je plus enclin à en ressentir les effets ? Une partie de la promesse de Brain.fm est-elle, au moins en partie, auto-réalisatrice, portée par l'effet placebo et par l'investissement psychologique créé dès l'onboarding ?
La séquence peut se résumer ainsi : anticipation → placebo → évangélisation → effet IKEA → projection → conversion.
À ce stade, j'ai l'impression d'observer une mécanique assez bien huilée : susciter de l'anticipation, tirer parti d'un possible effet placebo, évangéliser progressivement l'utilisateur aux usages du produit, le faire participer à la construction de sa propre recommandation (effet IKEA), lui permettre de se projeter dans un futur désirable — plus concentré, plus productif, plus créatif — avant de chercher, in fine, à convertir ce prospect en client payant.

Capture d'écran issue du parcours d'inscription de Brain.fm, présentant les activités recommandées après les questions de personnalisation.
Cette étape est intéressante car elle ne sert pas uniquement à personnaliser l'expérience. Elle permet également de former progressivement l'utilisateur au produit. En proposant des activités comme Deep Work, Creativity ou Learning, Brain.fm expose déjà les principaux cas d'usage de son service et montre l'étendue de son catalogue.
Il s'agit aussi d'une forme d'évangélisation. L'utilisateur découvre des usages auxquels il n'aurait peut-être pas pensé spontanément, tout en étant incité à se projeter dans des situations futures où Brain.fm pourrait lui être utile. Le score de correspondance (« 100% match ») renforce cette impression que le service a compris ses besoins et qu'il dispose d'une solution adaptée.
Plus généralement, Brain.fm invite déjà l'utilisateur à se projeter dans une version améliorée de lui-même : capable de réaliser des sessions de Deep Work, de débloquer sa créativité ou d'apprendre plus efficacement. Le produit n'est plus seulement présenté comme une bibliothèque de musiques, mais comme un outil permettant d'atteindre un état personnel jugé désirable.
À ce stade, l'utilisateur reste un prospect qu'il faudra convertir en client payant. Cette séquence joue donc un double rôle : démontrer la valeur du produit et familiariser l'utilisateur avec ses fonctionnalités, tout en poursuivant un objectif commercial. Plus l'utilisateur s'identifie aux activités proposées, plus il devient difficile de quitter le parcours avant d'avoir essayé la promesse qui lui est présentée.
On peut également y voir une manifestation de l'effet IKEA : nous avons tendance à accorder davantage de valeur à ce que nous avons contribué à construire nous-mêmes. En répondant à plusieurs questions, en exprimant ses préférences et en participant activement au processus de recommandation, l'utilisateur devient en quelque sorte co-auteur de son expérience. La proposition « Deep Work – 100% match » n'apparaît plus comme une recommandation générique produite par un algorithme, mais comme le résultat d'un travail auquel il a participé. Cette implication augmente probablement l'envie de tester le service, voire la propension à lui attribuer des bénéfices, indépendamment de son efficacité intrinsèque.
Alternatives gratuites
Une partie de la proposition de valeur de Brain.fm réside dans son accompagnement, son onboarding et son discours scientifique. En revanche, si l'objectif est simplement de disposer d'un fond sonore propice à la concentration, plusieurs alternatives gratuites existent.
- myNoise est probablement ce qui se rapproche le plus de Brain.fm. Le service propose de nombreux paysages sonores, du bruit blanc, brun ou rose, ainsi que des ambiances de bibliothèque, de pluie ou de café. Il permet également d'ajuster finement les fréquences grâce à plusieurs curseurs.
- Coffitivity est plus spécialisé. Son principe est de reproduire des ambiances de cafés, en s'appuyant sur l'idée qu'un léger bruit de fond social peut favoriser la créativité et certaines tâches intellectuelles.
- YouTube contient une quantité considérable de contenus similaires : brown noise, pink noise, musique pour le travail profond, battements binauraux ou playlists destinées aux personnes souffrant de TDAH. Pour éviter les interruptions publicitaires, il est possible d'utiliser youtube-nocookie ou encore youtube.pwa.ovh.
- Spotify constitue également une alternative intéressante pour les abonnés. Des playlists telles que Deep Focus, Peaceful Piano ou Lo-Fi Beats couvrent probablement une grande partie des usages visés par Brain.fm.
Suite du parcours
Rituels d'amorçage
Cette réflexion sur Brain.fm m'a également conduit à m'interroger sur les rituels d'amorçage. Une partie de l'efficacité perçue du service pourrait provenir non seulement des propriétés acoustiques des morceaux diffusés, mais aussi du fait qu'il aide l'utilisateur à mettre en place un rituel récurrent annonçant au cerveau qu'une session de concentration commence.
Les rituels d'amorçage peuvent prendre de nombreuses formes : ranger son bureau, préparer un café, mettre un casque, lancer systématiquement une même playlist, allumer une lampe dédiée au travail, écrire les trois tâches importantes de la journée ou encore démarrer un minuteur Pomodoro. Certains préfèrent effectuer quelques étirements, une courte marche ou simplement s'engager à travailler cinq minutes pour vaincre l'inertie initiale.
Pris isolément, ces gestes ont parfois un impact limité. En revanche, répétés quotidiennement, ils peuvent devenir des signaux conditionnés qui facilitent progressivement l'entrée dans un état de concentration profonde. J'ai détaillé cette idée dans un article séparé : Rituels d'amorçage.
Sous cet angle, Brain.fm pourrait être interprété non seulement comme un fournisseur de musique, mais aussi comme un service vendant un rituel premium de mise en condition cognitive.
Premières impressions
Il est évidemment trop tôt pour juger de l'efficacité réelle de Brain.fm. En revanche, avant même d'avoir écouté une seule minute de musique, le service m'a déjà fait ressentir plusieurs émotions positives : curiosité, anticipation, sentiment d'être compris et projection vers une meilleure version de moi-même.
À elle seule, cette expérience d'onboarding mérite probablement d'être étudiée comme un petit cas d'école de conception produit.